4 septembre 2008
Discours de Jean-Noël Guérini, prononcé hier soir à Allauch devant plusieurs centaines de militants socialistes des Bouches-du-Rhône, à l’occasion de l’Assemblée générale de “La ligne claire“.
“Chers camarades,
C´est avec plaisir que je vous retrouve ce soir, dans une salle où résonnent encore les échos de moments forts de notre histoire collective.
Ici, à Allauch, vibre encore l´enthousiasme qui nous a conduit vers de bien belles
victoires.
C´est pour cela que je ne doutais que vous seriez nombreux, mais votre mobilisation prouve que nous nous approchons de rendez-vous déterminants.
Pourquoi le cacherai-je ? C´est avec gravité que je m´adresse à vous. Avec gravité, avec solennité, mais aussi avec fermeté et avec détermination..
Car cette assemblée générale de « La ligne Claire » n´est pas une rencontre formelle, un simple meeting de rentrée que nous imposerait la routine du calendrier d´avant congrès.
Dans dix semaines, nous serons, je l´espère, je le crois, rassemblés pour le congrès de Reims.
Oui, je le dis : nous serons rassemblés parce que « la ligne claire » que nous défendons, que nous avons forgée et que nous renforçons, nous pourrons la porter sur les fonts baptismaux d´une majorité solide, homogène et dynamique.
Ne croyez pas, mes chers camarades, que je me berce d´illusions. Plus que jamais, je suis sur cette ligne claire, une ligne juste, la ligne de la franchise et de la clarté, de la rigueur et du courage, la ligne de l´audace et de l´imagination. C´est elle, et elle seule qui favorisera le rassemblement et sauvera notre parti des maux qui le minent depuis trop longtemps.
J´ai fait des choix au printemps dernier et ces choix vous les avez partagés avec un grand nombre de militants et d´élus.
Ces choix, précis, refusaient la facilité et le laisser faire ! C´est en continuant sur cette voie, avec nos qualités et notre force de conviction que nous allons dans les jours qui viennent, les faire partager et les transformer en une démarche raisonnée et partagée, en démarche majoritaire !
Avec Pierre Moscovici, avec Gérard Collomb, Vincent Feltesse, Manuel Valls, Alain Rousset, Jean Germain, Michel Vauzelle et tous ceux qui veulent tourner la page d´un parti immobile et fragmenté, nous serons, vous serez, le moteur du renouveau.
Evidemment, ce ne sera pas facile ! Evidemment, ce ne sera pas simple !
La ligne de la clarté, la ligne qui refuse les alliances contre nature, la ligne politique d´un réformisme clairement assumé, un réformisme qui se préoccupe des problèmes réels et privilégie les solutions concrètes, elle ne se décrète pas !
Comme vous, je ne suis pas dupe. Comme vous, je suis lucide. Et je sais, comme vous, que le compte à rebours infernal que certains ont déclenché à La Rochelle est porteur de bien des orages. Pire ! Il est porteur de terribles menaces.
Il ne s´agit plus seulement aujourd´hui de déplorer que notre image soit ternie par les petits arrangements entre faux amis et vrais ennemis sous le regard gourmand des caméras de télévision !
Ces accommodements sont porteurs d´un poison mortel qui ruine nos espérances depuis 2002 ! Ces attitudes suicidaires, où l´attrait du pouvoir et les ambitions personnelles balayent les questions de fond, il y a longtemps qu´elles vous hérissent et il y a longtemps que je les dénonce.
Les pseudo accords, qui sont légitimés par les rumeurs et ne servent qu´à isoler ceux qui pourraient faire de l´ombre à leurs signataires, il y a longtemps qu´ils vous horripilent et il y a longtemps que j´ai tiré un trait dessus.
Les sourires et les déclarations de bonnes intentions, qui ne servent qu´à se bâtir des prés carrés dans la douce quiétude de la rue de Solferino pour les amateurs des réunions lénifiantes du mardi après midi, il y a longtemps qu´ils vous excèdent et il y longtemps que je n´y prête pas attention.
C´est ce qui vient de se passer à La Rochelle et ce spectacle dramatique, était, je le crois, prévisible.
Je vous le dis, mes camarades : ce spectacle désolant, je n´en veux pas ! Vous n´en voulez pas ! Cette mise en scène désespérante, je n´en veux plus, et vous n´en voulez plus !
Je le dis avec solennité, je le dis avec fermeté. J´ai vécu Rennes et son cortège de trahisons et de bassesses ! Et j´ai vu, à La Rochelle, que les haines n´attendaient qu´un prétexte pour s´exprimer !
Alors, je le dis et je le redis : je n´accepterai pas, tout comme vous, mes camarades, que nos espoirs continuent d´être brisés par cette course folle d´hommes et de femmes qui sacrifient le parti socialiste pour leurs petits profits et leurs intérêts de présidentiables.
Je n´accepterai pas que le congrès de Reims se transforme en bal des hypocrites, ceux et celles qui ronronnent entre le quartier Latin et les plateaux de télévision, et privilégient les synthèses molles pour négliger les choix stratégiques et la ligne politique.
Je n´accepterai pas que le parti socialiste, notre parti, le parti de Jean Jaurès et Léon Blum, de Mitterrand et… de Gaston Defferre, se réduise à la peau de chagrin d´un parti des collectivités territoriales, dans un naufrage qui fait le bonheur de nos adversaires.
Ne nous y trompons pas, mes camarades ! Nous savons bien que pour certains, 2004 et 2008 ont effacé les traumatismes de 2002 et 2007 !
Même si j´ai goûté à l´ivresse des victoires, je n´oublie pas la tristesse de ces soirs de cruelles défaites et les lendemains désenchantés qu´elles alimentent.
Oui, l´heure est grave, très grave ! Depuis six ans, la droite, en toute impunité, poursuit son travail de démolition sociale.
Les inégalités se creusent, le pouvoir d´achat est en berne, et les changements brutaux imposés par un gouvernement droit dans ses bottes libérales font glisser chaque jour des pans entiers de la société dans la précarité.
Même les réformes nécessaires, comme celle du Revenu de Solidarité Active, effilochent notre pacte de solidarité. Cette réforme, juste sur le fond, est dénaturée par un financement injuste qui épargne les plus fortunés et met, une fois de plus, les classes moyennes à contribution.
Et la liste est bien longue des lois, textes et déclarations qui bousculent les acquis et piétinent nos libertés !
Sous nos yeux, pendant nos disputes, la droite organise la solidarité des pauvres vers les plus pauvres et aide, avec cynisme, les plus riches !
Continuons ainsi, mes amis, sur le chemin de l´inertie et de la vanité ! Continuons, et les boulevards que nous ouvrons à la gauche de la gauche, à François Bayrou et aux Verts opportunistes, se transformeront en autoroutes ! Et je ne parle même pas de l´UMP, dont les fausses divisions et les vraies improvisations occupent tout l´intégralité du champ politique.
Où sont passés, mes camarades, les élans qui ont précédé 2007 ? Que sont devenus, mes amis, les espérances issues des victoires du printemps dernier ? Que reste-t-il, de notre capacité de mobilisation et d´opposition ?
Continuons, oui, continuons et nous resterons, pour très longtemps, inaudibles ! Eternels challengers et opposants médiocres !
Certes, nous gagnerons peut-être quelques élections, en « contre », sur la base des déceptions suscitées par nos adversaires. Mais les grands rendez-vous, les rendez-vous décisifs pour la conduite de la politique nationale serviront de tremplins pour ceux que nous devons combattre.
Dans le même temps, ceux qui malgré tout continuent, bon gré, mal gré, à croire en nous finiront par se détourner du parti socialiste, repaire de présidentiables battus d´avance !
Car à ce petit jeu, vous savez comme moi que le facteur de Neuilly, qui se complaît dans la protestation et qui a fait des réformistes que nous sommes ses principaux adversaires sera plus fort que nous.
Daniel Cohn Bendit, plus bateleur que jamais, fera toujours son miel des élections intermédiaires qui se jouent à la proportionnelle.
Et nous nous interrogerons sur la crise de la politique, une crise que les comportements de certains irresponsables nourrit et attise !
Alors, oui, face à ces grises perspectives, il est temps de décréter l´état d´urgence.
Car le congrès de Reims, six ans après la catastrophe de 2002, est porteur d´enjeux comme rarement un congrès ne l´a été. Rarement, aussi, les défis qu´il nous impose n´auront été aussi difficiles à relever.
Question de leadership, question des alliances, question de la ligne politique : autant de sujets qu´il faut aborder avec volonté et détermination. Et autant de réponses qui ne sont pas forcément simples à apporter. Car les enjeux se mêlent et nous avons tellement pris de retard pour traiter ces sujets que nous nous retrouvons en situation d´extrême faiblesse.
Ce constat, je le fais sans amertume. Il m´a poussé, au cours de ces derniers mois, à engager la démarche qui a fait émerger la « ligne claire ».
Notre projet a d´abord été traité avec condescendance, pour ne pas employer des mots plus durs. Puis est venu le temps des « barons »… Il faut bien que les commentateurs disposent de repères !
Moi, je me considère comme un élu. Et si je suis président du Conseil général, je reste, avant tout, un militant, attaché à mon parti…
J´ai tenu des propos très durs sur l´équipe qui dirige actuellement notre parti, je ne suis pas de ceux qui se complaisent dans le sport médiocre qui consiste à tirer sur les ambulances, exercice où les faibles excellent.
Nos défauts, nos faiblesses, nos erreurs, nous devons, ensemble, les assumer.
Et c´est ensemble, sans nous détourner de nos objectifs, que nous allons tracer la voie du renouveau.
Durant l´été, j´ai rencontré de nombreux responsables socialistes. Et c´est au cours des échanges qui se sont déroulés que des rapprochements se sont esquissés. Et ce ne sont pas quelques caméras et des petits repas à La Rochelle qui m´ont fait changer de route.
Avec Pierre Moscovici et ses amis, nous avons trouvé un accord qui repose sur trois points essentiels.
Tout d´abord, celui d´un réformisme clairement assumé.
Un réformisme qui apporte des réponses concrètes et réalistes aux problèmes auxquels notre pays et nos concitoyens sont confrontés.
C´est pour moi le point essentiel, celui de la bataille des idées, de la mise en forme d´un projet.
Ensuite, le deuxième point est celui qui mettra aux commandes du Parti socialiste une équipe rajeunie, mettant en place une gouvernance rénovée et dynamique, en rupture avec les rituels qui nous conduit dans les impasses où nous sommes enfermés.
Dernier point, tout aussi important, celui des primaires ouvertes à tous les sympathisants de gauche, qui constituent la seule réponse moderne à la question de la présidentialisation de notre vie politique.
Ces trois axes, nous en avons convenu avec Pierre, ne sont pas négociables et ils seront au cœur de la motion que nous allons déposer, dans quelques jours.
La lecture des différentes contributions déposées au mois de juillet prouve qu´ils peuvent constituer la base d´une majorité durable et novatrice.
Le réformisme, mes chers camarades, c´est notre horizon commun.
Je sais bien que ces changements idéologiques, nous les avons effectués sans le dire et que nous appliquons, avec bonheur, dans la gestion de nos communes, de nos départements et de nos régions nous aurions du la faire depuis longtemps.
Elle est d´autant plus nécessaire alors que la mondialisation bouscule nos certitudes et que les droites ont réinvesti le terrain idéologique.
Pour moi, la réforme, c´est plus d´égalité des chances et moins d´injustice sociale.
Si nous n´avançons pas sur ce terrain, avec audace et conviction, nous serons bousculés par les tentations populistes qu´attisent la gauche de la gauche. Ce chantier est immense. Mais il est exaltant et il appelle une large ouverture de notre parti vers celles et ceux qui souhaitent faire bouger les lignes, mais qui ne croient plus aux vertus des grands soirs, qui accouchent toujours de grandes désillusions.
Logiquement, vient ensuite la question de la gouvernance du parti.
La nouvelle direction qui prendra les rênes de la rue de Solferino ne peut s´appuyer sur une alliance de circonstance entre les fractions du parti qui s´opposent politiquement depuis des années sur des sujets essentiels.
Le réformisme, j´en ai parlé, mais aussi la question européenne, autant de sujets de querelles publiques ! Et je n´évoque que ces deux thèmes…
S´il y a des désaccords, il n´est pas question de les oublier, de mettre un mouchoir sur ces divisions, pour le seul plaisir de s´octroyer des postes et ou des places, au secrétariat ou au bureau national, ou encore pour des places éligibles aux européennes ou aux régionales !
Et enfin, vous savez pertinemment que chaque présidentiable potentiel à tout intérêt à empêcher tout autre rival possible ou hypothétique à accéder au poste de premier secrétaire. Et comme moi, vous savez que nous sommes riches de talents et d´ambitions. Cela a abouti à une situation de guerre de tous contre tous qui a favorisé le succès de Sarkozy et se prolonge aujourd´hui.
La primaire ouverte est porteuse de mobilisation populaire, mais elle est aussi l´occasion pour celui ou celle qui défendra nos couleurs de s´appuyer sur le travail que nous aurons effectué dans les trois ans à venir.
Si nous restons prisonniers de nos calculs internes, nous reproduirons, avec une fidélité accablante, nos erreurs et nos défaites. La désignation se transformera en guerre des chefs, notre champion prendra le départ dans une compétition après des mois de rivalités internes, qui auront paralysé le nécessaire travail collectif que nous devons accomplir.
Soixante dix jours nous séparent du congrès de Reims. Soyez certains que pour ma part, tout en étant mobilisé sur les élections sénatoriales jusqu´au 21 septembre, je mettrai tout en œuvre pour que ce rendez-vous soit le point de départ d´une nouvelle ère pour les socialistes.
Et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour qu´il ne soit pas l´espace d´affrontements entre ceux qui se rêvent un destin national.
Reims doit être le lieu où l´espérance de celles et ceux qui croient en un monde meilleur, ceux qui n´acceptent pas l´injustice sociale et le règne méprisant de l´argent facile et des stocks options, ceux qui pensent que la solidarité reste une idée neuve s´incarne dans une nouvelle équipe !
Reims, ce doit être le lieu de la renaissance de notre parti. Le lieu où les militants, ceux et celles sans qui les élus que nous sommes ne seraient rien, retrouvent la fierté d´être socialistes, ce beau mot que nous devons partager comme le bon pain.
Oui, le congrès de Reims ne doit pas être le théâtre d´ombres où des malfaisants complotent et manipulent les médias par un ballet de rumeurs au bénéfice d´hommes ou de femmes qui bénéficient depuis trop longtemps de notre mansuétude.
Comme vous pouvez le constater, je n´ai cité personne dans mon discours. Je ne cite personne, parce que je ne rejette personne, hormis ceux qui, par leurs déclarations, leurs actes et leurs décisions passées se sont volontairement et délibérément, parfois contre votre choix de militants, mis en dehors de notre parti et de sa ligne politique.
C´est pour cela que j´ai tracé les lignes et les bases sur lesquelles je construis mon action politique et sur lesquelles, je suis certain, le parti socialiste doit se refonder.
C´est avec la force de nos différences, avec la richesse de nos talents, que nous reconstruirons. C´est en conjuguant nos qualités, qui sont celles des militants et des militantes qui sont le cœur battant de notre parti, que nous trouverons l´énergie pour aller de l´avant, pour convaincre, pour gagner.
C´est ainsi, dans la sagesse et l´imagination, dans le débat et le dialogue, dans la confrontation et les échanges que nous retrouverons l´élan qui permettra la reconquête.
Nous donnerons ainsi vie à cette volonté, partagée par ceux et celles qui rêvent d´avenir meilleur !
Notre devoir c´est de tout mettre en œuvre pour les beaux mots d´égalité, de fraternité et de liberté s´inscrivent enfin dans le quotidien de notre République !
Notre devoir, c´est de réinventer les règles qui nous éloigneront de la république des copains, et ferons du « vivre ensemble » qui est la richesse de notre société une réalité de tous les jours.
Oui, mes camarades, ensemble, nous allons nous mobiliser.
Oui, mes camarades, ensemble, nous allons travailler, nous allons militer, avec rigueur, avec réalisme, mais avec volonté et enthousiasme, pour que le Parti redevienne ce qu´il doit être !
Le parti de l´alternance, le parti de l´intelligence et le parti du rêve.
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